
Rénover son logement en Belgique : les ménages peuvent-ils vraiment payer ?

Chaque année, il faudrait investir environ 12 milliards. Aujourd'hui, les pouvoirs publics y consacrent entre 1 et 2 milliards par an — toutes aides confondues. L'écart est énorme, et il ne se comble pas.
Une étude publiée par Financité a cherché à comprendre qui peut financer quoi, et ce qui manque concrètement.
La directive européenne sur les bâtiments, adoptée en 2024, oblige les États membres à réduire la consommation énergétique moyenne de leur parc résidentiel de 16 % d'ici 2030 et de 20 à 22 % d'ici 2035. À terme, tous les bâtiments devront être proches de zéro émission d'ici 2050. Les régions belges ont toutes adopté des stratégies en ce sens, mais avec des niveaux d'ambition et des obligations légales très variables. Bruxelles est la seule à avoir inscrit dans une ordonnance une obligation chiffrée en kWh pour l'ensemble de son parc existant, avec une échéance proche de 2050. En Flandre et en Wallonie, les objectifs intermédiaires ont été assouplis ou repoussés.
Le gouvernement fédéral mise principalement sur la fiscalité : TVA réduite pour certains travaux, hausse pour les chaudières au mazout. Mais il ne finance pas directement les rénovations des ménages.
En Wallonie, le système de primes a été réduit de 60 % en février 2025 pour des raisons budgétaires. Un nouveau régime est annoncé pour fin 2026.
À Bruxelles, les primes vont être remplacées par des prêts à taux zéro. Le modèle change, mais la question reste entière pour les ménages qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s'endetter.
La Flandre maintient une obligation de rénover lors de l'achat d'un logement énergivore, mais a abandonné le plan de renforcement progressif qui devait conduire jusqu'au label A en 2045.
L'étude a croisé les données sur l'état du parc immobilier belge avec les études sur la capacité financière des ménages. Elle retient comme cible une consommation de 150 kWh par m² et par an, ce qui correspond à une rénovation énergétique intermédiaire mais pas encore maximale.
Sur cette base, un peu moins d’1 million de ménages propriétaires occupants ne disposent pas des moyens suffisants pour financer leurs travaux.
Le déficit total est estimé à environ 25,6 milliards d'euros, répartis comme suit :
Ces chiffres sont des estimations basées sur plusieurs hypothèses, et l'étude en détaille les limites. Ils ne signifient pas que l'État doit payer 25,6 milliards directement. Ils signifient que c'est le volume de ressources privées manquantes qu'une politique publique doit aider à mobiliser ou à compenser.
Plusieurs problèmes structurels expliquent pourquoi les dispositifs existants n'arrivent pas à déclencher suffisamment de rénovations.
Le premier problème, c'est que les prêts à taux zéro ne servent à rien pour les ménages qui ne peuvent pas s'endetter. Febelfin estime que 21 % des ménages belges n'ont ni épargne disponible ni capacité d'emprunt. Pour eux, le taux d'intérêt est le dernier de leurs problèmes.
Le deuxième problème, c'est que les aides profitent souvent à des ménages qui auraient rénové de toute façon. L'Itinera Institute estime que 65 % des subsides à la rénovation constituent ce que les économistes appellent un effet d'aubaine. L'argent public finance des décisions déjà prises, pas des décisions nouvelles.
Le troisième problème, c'est le décalage dans le temps. Une rénovation s'amortit sur du long terme, mais les crédits bancaires sont généralement structurés sur 10 à 15 ans. Les mensualités sont donc souvent trop élevées, même pour des ménages qui ont en théorie accès au crédit.
L'étude identifie plusieurs leviers qui pourraient améliorer la situation.
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Chaque année de retard rend la transition plus coûteuse. Les logements mal isolés génèrent aussi des coûts de santé publique, entretiennent la dépendance aux importations d'énergie et fragilisent les ménages les plus précaires face à la volatilité des prix de l'énergie.
La rénovation énergétique n'est pas seulement une question climatique. C'est une question de pouvoir d'achat, de santé, et de capacité collective à anticiper plutôt que de subir. Mais pour y arriver, il faut des outils pensés pour les ménages qui ne peuvent pas rénover seuls et pour ceux qui pourraient le faire mais ne passent pas à l’action.
_Cet article est basé sur l'étude « Les besoins de financement pour la rénovation énergétique en Belgique », publiée par Financité en juin 2026, qui mobilise notamment les travaux d'Agoria/Albrecht (UGent), Febelfin, le Conseil central de l'économie, KBC Economics, le SFPIM/Climact, le Bureau fédéral du Plan, l'Itinera Institute et BBL/Climact._


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